L'Archive

Une traduction inconnue

Rodolphe Guilland (1888-1981) fut un célèbre byzantiniste français qui succéda en 1934 à Charles Diehl à la chaire d’histoire byzantine de la Sorbonne. Il quitta ses fonctions en 1958 sans interrompre son travail scientifique de sorte que sa bibliographie comprend 192 titres couvrant exactement 60 ans de recherche (1921-1981). En 1977, R. Guilland fit don de toutes ses archives scientifiques aux Assomptionnistes de l’Institut français d’études byzantines (IFEB) avec lesquels il avait entretenu d’excellentes relations. Il publia ainsi dans la Revue des études byzantines dès sa fondation (REB, désormais largement consultable en ligne) et échangea avec l’Assomptionniste Vitalien Laurent une correspondance de grand intérêt, également conservée à l’IFEB. On lira ici de façon plus détaillée une évocation de la vie de R. Guilland par son successeur en Sorbonne, Paul Lemerle.

Les archives de R. Guilland furent décrites rapidement en 1980 par le directeur de l’IFEB, Jean Darrouzès, à la fin de la bibliographie déjà citée.

 

Mais pour une raison qui demeure inexpliquée, J. Darrouzès omit de mentionner l’existence d’une traduction intégrale des Histoires de Jean VI Cantacuzène qui devait, dans l’esprit de son auteur, accompagner une nouvelle édition du texte grec que R. Guilland n’eut pas le temps d’achever.

L’archive fut retrouvée fortuitement à la fin de l’année 2010 par le porteur du projet. Elle se présente sous la forme de 956 pages d’un format de 21 sur 27 cm, comptant de 30 à 40 lignes par pages (voir deux exemples représentant un total 2 450 000 caractères).

Deux exemplaires identiques sont conservés, la dactylographie originale et sa copie sur papier carbone, quelques pages portant des repentirs manuscrits du traducteur.

Plusieurs sondages ont été effectués qui démontrent la qualité de la traduction. La langue française est souple, fidèle au sens du grec. Le texte doit cependant être relu, confronté à nouveau au texte grec, et éventuellement amendé, puisque l’archive n’a probablement pas été soumise à d’autres lecteurs que son auteur.

Ce dossier documentaire d’une valeur insigne appartient encore aujourd’hui au fonds documentaire de l’IFEB, lequel a été confié en dépôt, depuis 1983, à l’Institut catholique de Paris.

Une correspondance savante

Il ressort de l’examen de la traduction de R. Guilland que celui-ci avait entrepris non seulement le projet de rendre en français les Histoires de Jean VI, mais aussi d’en réaliser une nouvelle édition critique. Une étude de l’œuvre sous forme de fiches lexicographiques préservées à l’IFEB en est une première indication externe. L’insertion dans la traduction de titres inconnus de l’édition de Bonn et présents dans deux des quatre manuscrits du 14e siècle préservés en est une preuve interne. Certes, les brouillons de l’édition grecque semblent perdus. Mais la correspondance savante qu’échangea R. Guilland avec l’Assomptionniste Vitalien Laurent et que l’on a redécouverte à l’occasion du projet révèle clairement cette ambition.

Byzantiniste de renom, Vitalien Laurent (1896-1973) fut au 20e siècle la cheville ouvrière des travaux de l’IFEB et son directeur efficace. Il se distingua dans des domaines d’études fort variés, de l’édition de textes à la sigillographie (on lira ici le récit de sa vie par Jean Darrouzès). Dans les archives de l’IFEB sont conservées près de 60 lettres qu’il reçut de R. Guilland échelonnées du 9 septembre 1929 au 29 décembre 1948. Leur analyse fournira une contribution intéressante à l’histoire des études sur Jean VI Cantacuzène.

C’est un plan de publication d’ensemble, en effet, étendu à toute l’œuvre de cet empereur, qui avait été envisagé par R. Guilland avec l’appui de l’IFEB. La traduction des Histoires, au cœur du projet JEAN VI, en demeure aujourd’hui l’unique concrète réalisation.